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Des facettes méconnues d’Angélique Duchemin, une héroïne au caractère de fer

Publié le 12 mai 2026

Découvrez des anecdotes qui ont émaillé la vie d’Angélique Duchemin, née à Dinan, et première femme à être nommée chevalière de la Légion d’honneur en 1851.

Le tricot et l'épée : un contraste saisissant
Le journaliste Albert Blanquet, qui l'a rencontrée à la fin de sa vie aux Invalides, livre un portrait savoureux : « Elle avait l'aspect d'un petit vieillard au visage doux et souriant, aux yeux vifs, à la main prompte et franche, mais certaine particularité ne laissait guère douter de son sexe : le vieux sous-lieutenant tricotait ! ... ». Cette image illustre bien la dualité vécue par cette femme : soldate par devoir, ménagère par éducation.

« Folle de chagrin » ? L'audace d'une veuve de 19 ans
Lorsqu'elle décide de remplacer son mari au sein du régiment après sa mort en 1791, ses frères d'armes ne s'y opposent pas, parce qu'ils la croient « folle de chagrin ». Ils pensent que cette jeune veuve cherche une forme de suicide. Ils ignorent alors que ce n'est pas le désespoir qui la guide, mais une forte détermination. Angélique n'était pas folle ; elle était, selon la formule de l'époque, acceptée « malgré son sexe » et d’une valeur militaire qui allait bientôt tous les stupéfier.

La rancune tenace : tenir tête à Napoléon
Si Angélique a servi la France avec dévotion, elle n'avait pas l'âme d'une courtisane. Elle vouait une rancune tenace à Napoléon Ier, qu'elle tenait pour responsable de la mort de son mari lors des campagnes impériales. À tel point qu'elle aurait systématiquement refusé de rencontrer l'empereur. Ce refus d'obtempérer face au maître de l'Europe souligne un caractère bien trempé : aux Invalides, elle n'était pas une attraction, mais une femme officier libre de ses convictions.

Une lignée militaire 
Angélique n'est pas une exception isolée dans sa famille. Elle est le maillon d'une chaîne de sacrifices. Elle se définissait elle-même comme « fille, sœur et femme de militaires morts en activité de service ». Cette identité de « femme de troupe » explique pourquoi le champ de bataille était son environnement naturel. Elle y gérait tout de front : le feu de l'ennemi et l'éducation de sa fille, se distinguant, selon les témoignages de son époque, « comme femme et comme militaire ».

L'icône des Invalides
Durant les six décennies qu'elle passe à l'Hôtel des Invalides, elle devient une véritable curiosité nationale, puis une icône. Lors de chaque visite officielle de souverains ou de diplomates étrangers, le protocole prévoyait presque toujours un passage par sa chambre. On ne venait pas seulement voir un « phénomène », mais saluer « Liberté » (son nom de guerre), celle qui avait prouvé qu'une Bretonne de Dinan pouvait porter l'épaulette aussi dignement que n'importe quel grenadier de la Garde.

Le saviez-vous ?
Dès son plus jeune âge, un vieux soldat du régiment de son père lui avait lancé cette phrase prophétique : « C’est dommage que tu ne sois pas un garçon, tu ferais un bon soldat ! ». Il ne croyait pas si bien dire : Angélique aura finalement prouvé qu'il n'était pas nécessaire d'être un garçon pour être un héros.

Chronologie. L'épopée d'Angélique Duchemin : une vie au service de la France

© Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN

1772 - 1791 : l'éveil d'une destinée

20 janvier 1772 : naissance à Dinan. Les Côtes-du-Nord voient naître celle qui deviendra une pionnière.

Juillet 1789 : alors que la Révolution éclate à Paris, Angélique (17 ans) épouse le caporal André Brûlon à Ajaccio.

30 décembre 1791 : mort de son mari en Corse. À 19 ans, elle est veuve, mère d'un enfant et enceinte. C'est le tournant de sa vie.

1792 - 1798 : le temps des combats (Le "Caporal Liberté")

1792 : elle refuse la fatalité et rejoint le 42e régiment. Elle est admise au service « malgré son sexe » pour remplacer son mari.

1792 – 1798 : l'ascension militaire. Elle participe à sept campagnes et gravit tous les échelons : fusilier, caporal, caporal fourrier, puis sergent-major.

1er novembre 1793 : elle est officiellement intégrée comme sous-officier dans la 83e demi-brigade.

24 mai 1794 : fait d'armes héroïque au fort de Gesco. Elle dirige la défense et assure le ravitaillement en munitions sous le feu ennemi.

Été 1794 : siège de Calvi. Elle y est grièvement blessée, mais son courage marque les esprits.

Après 1794 : malgré ses blessures, elle poursuit son service dans l’intendance de l’armée d’Italie sous les ordres d’un certain Bonaparte.

1798 - 1851 : l'Hôtel des Invalides et l'attente de la reconnaissance

14 décembre 1798 : à 26 ans, elle est la première femme admise à l’Hôtel des Invalides. Elle y travaillera au magasin d’habillement.

Période napoléonienne : malgré ses états de service, Napoléon lui refuse la Légion d’honneur.

Après 1815 (Restauration) : première victoire symbolique, elle reçoit officiellement son grade d’officier.

1851 – 1859 : la consécration finale

15 août 1851 : à 79 ans, la patience triomphe. Elle reçoit la Légion d’honneur des mains du futur Napoléon III. Elle entre dans l'histoire comme la première femme décorée pour faits d'armes.

13 juillet 1859 : décès à l’Hôtel des Invalides. Elle s'éteint là où elle a vécu pendant soixante ans, entourée de ses frères d'armes.
 

D’un coup d’oeil

87 ans de vie.
7 campagnes militaires.
3 blessures graves.
61 ans passés aux Invalides.
1ère femme chevalière de la Légion d'honneur.